28 janvier 2006

Le retour des maisons closes au Royaume-Uni
"Afin d'éradiquer la prostitution dans les rues et de protéger les prostituées des dangers qui les y guettent, les femmes pourront travailler ensemble à deux ou trois dans des ‘minibordels'", annonce le quotidien britannique The Independent, en référence à un projet de loi déposé par le gouvernement de Tony Blair la semaine dernière. "C'est la première fois en cinquante ans qu'un gouvernement s'attaque à la législation sur la prostitution", précise The Guardian.
Selon le ministère de l'Intérieur, cité par le quotidien de Londres, on compte au moins 80 000 prostituées au Royaume-Uni. La prostitution est autorisée par une loi qui interdit le racolage et le proxénétisme. En 2005, l'ancien ministre de l'Intérieur David Blunkett avait déjà tenté de revoir les textes en introduisant la création de zones spéciales indiquées par une lumière rouge. Idée que son successeur Fiona Mactaggart a rejetée, car elle serait pénalisante pour les personnes installées à proximité de ces zones. Outre les minibordels, la ministre de l'Intérieur a également annoncé qu'elle souhaitait renforcer les mesures qui aideraient les prostituées à sortir de la drogue et de l'alcool, problèmes de plus en plus fréquents dans ce type de population.
"Personne ne choisit ce métier par goût, mais parce qu'il n'y a pas d'alternative. Nous permettre de travailler dans des lieux spécifiques est une bonne idée, mais la location de locaux nous obligera à en faire deux fois plus", estime Jenny une prostituée de 54 ans qui gagne actuellement entre 30 et 40 livres par client.
Pour Julie Bindel, la fondatrice d'un groupe de défense de droits des femmes intitulé Justice pour les femmes, "le gouvernement a raison de vouloir lutter davantage contre le commerce du sexe". Elle s'interroge néanmoins sur ce projet de loi autorisant la création de minibordels, car "ils ne résoudront jamais le problème de l'existence même de la prostitution".
"Il s'agit de l'oppression la plus ancienne et non du plus vieux métier du monde, comme le soutiennent fréquemment ceux qui estiment que la prostitution est trop dure à éradiquer. La prostitution n'est pas un métier. Quels sont les boulots dans lesquels la drogue, le viol ou le meurtre sont les risques du métier ?" demande Julie Bindel. "Il y a trop longtemps que les hommes qui se cachent derrière la prostitution sont invisibles", déplore-t-elle encore, citant la Suède en exemple. En effet, "la Suède est le seul pays qui a enfin reconnu que la prostitution était un obstacle à l'égalité entre hommes et femmes. La Suède est également le seul pays à avoir admis que la prostitution était une forme de violence contre les femmes". Et c'est à ce titre que les clients hommes sont poursuivis. Selon un sondage publié en 2004, 80 % de la population suédoise soutient cette loi. Les nouvelles générations grandissent avec la conscience que le corps féminin n'est ni à vendre ni à acheter, et que la prostitution est une violation des droits de l'homme. Un premier pas vers la disparition pure et simple de la prostitution ?
Anne Collet
Source : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=59306&provenance=accueil&bloc=19
26 janvier 2006

Pérou : Une lesbienne et une transexuelle à l'assaut du Congrès
L'Amérique latine est décidément en ébullition: le Parti socialiste péruvien et le Front ample de gauche ont décidé de présenter aux prochaines élections législatives, qui auront lieu le 9 avril, respectivement une activiste du mouvement féministe et lesbien et une transsexuelle. Susel Paredes, avocate reconnue, est la fondatrice du Collectif des lesbiennes féministes. Elle a écrit sur les crimes de haine, participe à un programme d'accompagnement des malades du sida, et se bat quotidiennement contre les discriminations. Quant à Belissa Andía Perez, elle est l'une des trois déléguées de l'Amérique latine et des Caraïbes auprès de l'International gay and lesbian association (Ilga) et la première candidate transgenre à la diputation péruvienne.
par Mathilde Guillaume
Source : http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=8946
10 janvier 2006

Féminophobie homophobe
mardi 10 janvier 2006 par Sylvie Rouby
La féminophobie est un mot qui n’existe encore pas dans les dictionnaires et que l’on a du mal à trouver dans les moteurs de recherche internet. C’est un néologisme pour parler du rejet et de la haine du féminisme.
Mais c’est aussi pour ceux qui travaillent et interviennent sur l’homophobie, un terme pour désigner le rejet de tout ce qui a référence au féminin, en lien étroit avec l’homophobie. Jean-Marie Firdion, Chercheur à l’INED et rapporteur en 2001 du groupe de travail de l’association HES sur Le risque de suicide chez les jeunes à orientation non conventionnelle :lesbiennes, bisexuels, gais, l’a utilisé dans ce sens au cours son intervention à la Table ronde Santé psychique et émotionnelle lors de la Conférence internationale VIH et santé gaie organisée par Warning en 2005. Selon lui « la féminophobie (le rejet ou la dévalorisation du « féminin ») est une composante importante de l’homophobie. » Je l’emploie aujourd’hui dans le même sens pour exercer mon « open eye » sur le dernier numéro d’un mensuel gay et sur deux phrases, écrites à l’origine pour saluer les performances d’un nouvel acteur porno d’origine turque, mais qui sont révélatrices de la féminophobie homophobe de certains : « ce mec est tellement bandant qu’il représente le cri du cœur d’une homosexualité qui en a déjà marre de la féminisation à outrance de la pédalerie moderne. Est-ce qu’on peut être un peu viril et naturel, si ce n’est trop demander ? » [1]
On me répondra certainement qu’il ne s’agit que de fantasme sur un acteur porno, et rien d’autre. Evidemment on a tout à fait le droit d’être attiré physiquement par la virilité dégagée par certains hommes mais là n’est pas le problème aujourd’hui. Il ne s’agit hélas pas uniquement d’attirance physique. Lire « le cri du cœur d’une homosexualité qui en a déjà marre de la féminisation à outrance de la pédalerie moderne » sont des mots, et plus encore des propos, extrêmement dégradants pour les homosexuels.
Des insultes comme « pédé » que l’on entend dans les cours de récréation en primaire, qui se développent dans les cours des collèges puis de lycées avec des injures comme « pédale », « tapiole », « tapette », « enculé », etc et qui ne se cessent jamais, sont stigmatisantes comme le rappelle encore JM Firdion au cours de ses interventions. Elles sont dégradantes pour un jeune qui construit sa sexualité mais aussi tout au long de la vie d’une personne LGBT.
Ces critères esthétiques classiques de la masculinité, de haine en fait de la féminité, que l’on tenterait soudainement d’imposer comme la nouvelle norme culturelle gay, n’ont rien à faire dans un magazine gay qui se bat depuis toujours contre l’homophobie et la lesbophobie.
Il y a quelques semaines se terminait la conférence internationale organisée par Warning à l’Hôtel de Ville de Paris « VIH et Santé gaie ». Pendant ces deux jours de conférence, ont notamment été abordés le mal-être, la mésestime de soi, l’homophobie intériorisée mais aussi les risques de suicide et T.S. chez les jeunes LGBT. L’homophobie est on le sait un des facteurs qui accroît les risques de TS parmi les jeunes LGBT.
Alors je me demande aujourd’hui comment un jeune qui découvre son homosexualité ou sa bisexualité va réagir en lisant ces phrases qui imposent une norme homosexuelle, la virilité, et excluent de l’homosexualité certains traits physiques ou de caractère jugés trop féminins ?
C’est une question que je me pose et que je vous pose à toutes et tous.
Quant à imposer une norme homosexuelle, quelle qu’elle soit, est pour moi la pire des choses.
Sylvie Rouby
A lire également : Justin Varney - Bringing the ’Fem’ back into fashion
Source : http://www.thewarning.info
17 décembre 2005

LIBERIA - Ellen Sirleaf n'a pas peur des défis qui l'attendent
"La 'dame de fer' du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, a une voix douce, et, quand elle répond au téléphone, elle maîtrise aussi bien le français que plusieurs langues africaines. Elle porte les habits traditionnels de son pays et est discrètement maquillée. Son pays est désespérément pauvre, et sa suite se compose de seulement trois personnes : un secrétaire, un responsable de la sécurité et un autre de la communication. Le Liberia ne peut pas se permettre de payer ses frais de voyage, et elle finance elle-même son déplacement à Washington." C'est en ces termes que The Washington Post présente la nouvelle présidente du Liberia, "qui a surpris tout le monde en gagnant, le mois dernier, l'élection présidentielle pour devenir la première femme chef d'Etat en Afrique".
Le journal rappelle "les menaces qu'elle a reçues après sa victoire, notamment de la part des partisans de son principal adversaire, le footballeur George Weah". Mais Ellen Sirleaf ne semble pas impressionnée et souligne : "J'ai un mandat de mon peuple pour faire revivre notre nation et remettre de l'ordre dans notre système social." Sirleaf, 67 ans, prêtera serment le 16 janvier prochain. Elle est allée aux Etats-Unis pour qu'"on l'y voie en chair et en os", commente le quotidien américain. "Sa visite de neuf jours est chargée de rencontres avec des responsables de l'administration, dont la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, et le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld."
Sa nouvelle fonction ne lui fait pas tourner la tête, et elle est parfaitement consciente des défis qui l'attendent, poursuit le journal. "Depuis quinze ans, le Liberia est assailli par les guerres et la corruption, qui ont ruiné son économie et détruit ses infrastructures." Sirleaf l'admet elle-même : "Notre paix est fragile. Partout dans le pays, il y a encore des armes. Des milliers de personnes, dont les partisans de Weah, sont prêts à recourir à la violence." Son espoir est que les 15 000 soldats de la force des Nations unies présents au Liberia arriveront à maintenir la stabilité. Quant aux partisans de Weah, elle souhaite "pouvoir les encadrer et les contenir en leur proposant des stages de reconversion, car ils ont été pendant longtemps exposés à la violence et à la consommation de drogues".
Le Washington Post rappelle que Sirleaf avait soutenu l'ancien président Charles Taylor, inculpé de crimes de guerre et actuellement en exil au Nigeria. Un passé qui aurait pu la desservir. Mais la présidente élue précise qu'elle n'a plus été en contact avec Taylor depuis près de sept ans. "Nous avions soutenu le mouvement dirigé par Taylor durant la période où il se battait contre le régime militaire de Samuel Doe. Mais par la suite, quand il a commencé à se laisser aller, nous l'avons poussé à l'exil."
Concernant sa victoire électorale, Sirelaf déclare : "Je la dois aux femmes pauvres qui viennent vendre des légumes sur les marchés, parce que j'ai fait campagne pour l'éducation, et ces femmes se font du souci pour l'avenir de leurs enfants. Je vais également me battre contre la corruption, et toute personne qui travaillera avec moi devra respecter un code de conduite sous peine d'être sanctionnée."
Source : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=58376&provenance=accueil&bloc=03
11 décembre 2005

FEMMES D'AILLEURS - Au Brésil, le concours de beauté Miss Pénitentiaire est devenu incontournable
Ce sont toutes des criminelles emprisonnées, mais libres de tenter leur chance à un concours de beauté. "Par un jeudi du mois de novembre dernier, elles étaient 40 femmes condamnées, trafiquantes de drogue, voleuses, kidnappeuses et même meurtrières, à passer devant un jury de São Paulo. Mais, plutôt que les menottes et l'uniforme de la prison, les condamnées portaient des robes du soir, des talons hauts, des maillots de bain et des bijoux. Le jury, qui n'avait pas à connaître les raisons de leur incarcération, était réuni pour juger de leur beauté, mais aussi de leur talent pour écrire des poèmes et des histoires", rapporte le New York Times.
Il s'agissait de la seconde édition du défilé appelé "Miss Pénitentiaire", point culminant d'une compétition qui a duré des mois, pendant lesquels plus de 600 prisonnières de dix prisons différentes se sont battues pour participer au défilé final, très vite devenu le plus célèbre d'un pays obsédé par ce genre de manifestations. En donnant aux prisonnières une chance de participer au défilé, les autorités pénitentiaires espèrent redorer le blason d'un système pénal, mieux connu pour ses prisons où règne la violence et où les mutineries, qui sont monnaie courante, font les grands titres de la presse.
Le concours était divisé en trois catégories : beauté, sympathie et poésie. L'appât du gain n'était pas la motivation des prisonnières, puisque les gagnantes de chaque catégorie sont reparties avec la somme bien modeste de 350 reais (150 dollars), c'est-à-dire rien du tout par rapport à ce que touchent les gagnantes des concours de beauté traditionnels. Les candidates ont surtout été attirées par le changement dans la triste routine de la vie en prison. En outre, il n'a échappé à personne que le concours a généré un véritable esprit de corps, chacune voulant que sa prison l'emporte.
La finale a eu lieu dans la cour d'une prison pour femmes. "Ce défilé est un message à tous les prisonniers, ainsi qu'à tous ceux qui sont à l'extérieur", explique Nagashi Furukawa, le secrétaire d'Etat chargé des prisons, qui envisage pour l'an prochain un concours de musique pour les hommes. Pour lui, "toutes ces personnes ont quelque chose à offrir, elles ont juste besoin qu'on leur donne l'occasion de s'exprimer".
Un chorégraphe habituellement chargé de former les participantes lors de l'élection de Miss Brésil a aidé les prisonnières sélectionnées, qui devaient être filmées par des dizaines de photographes et de reporters de télévision, à monter sur scène. Des sponsors privés ont offert 20 000 dollars, une banque et un groupe d'avocats de la défense ont payé la lumière et le son, des écoles d'esthétique ont offert des produits de beauté, de la cire et des shampooings. Enfin, un chanteur de charme à succès, Alexander Pires, a fait gratuitement un tour de chant.
"Quelle sera la prochaine étape ? Va-t-on maintenant les payer pour poser nues ?" s'interroge Jorge Damus, fondateur du mouvement de résistance au crime de São Paulo, cité par le quotidien. "Il s'agit de la glorification sponsorisée par l'Etat de personnes qui méritent une punition", s'insurgent pour leur part les défenseurs de la loi et de l'ordre, révoltés par ce genre de pratiques. "Nous ne sommes pas des animaux que l'on met en cage et que l'on oublie. La société devrait plutôt chercher à nous aider à tirer avantage de nos talents et de nos capacités", répond à cela l'une des gagnantes, Marcia Santana Santos, élue Miss Sympathie.
Anne Collet
Source : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=58110&provenance=accueil&bloc=05
10 décembre 2005

Les femmes issues de l'immigration subissent discriminations et précarité sur le marché du travail.
Un rapport accablant sur les discriminations subies par les femmes issues de l'immigration
LE MONDE | 07.12.05 | 15h09 • Mis à jour le 07.12.05 | 19h38
Femmes et issues de l'immigration : à double titre, elles se heurtent au "plafond de verre", cette barrière invisible des discriminations qui les empêche de prendre toute leur place dans la société.
Le rapport annuel de la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale, présenté mercredi 7 décembre et intitulé "Agir pour les femmes de l'immigration", met en exergue "l'enjeu pour la République" que constitue l'amélioration de leur condition.
Comme le note cette étude, dont le thème avait été arrêté il y a un an, "l'intégration des femmes immigrées et issues de l'immigration est une des clés de la réussite de l'intégration de l'ensemble des populations immigrées". Les récents événements dans les banlieues "viennent malheureusement, a posteriori, justifier la pertinence de ce choix", constate la présidente de la délégation, Marie-Jo Zimmermann, députée (UMP) de la Moselle.
Le document s'écarte résolument de la tendance à la stigmatisation des "fautes" de l'immigration qui a nourri le débat politique à la suite des violences urbaines de la première quinzaine de novembre. Il rappelle qu'"une des difficultés principales dans la lutte pour l'amélioration de la situation des femmes immigrées et issues de l'immigration réside dans leur invisibilité, celles-ci n'étant pas représentées dans les instances dirigeantes, les syndicats, les associations et les partis".
Le rapport dresse un bilan accablant tant des discriminations sociales et professionnelles auxquelles elles sont soumises que des violences dont elles sont victimes. En rappelant, en premier lieu, qu'"aujourd'hui l'immigré est, de plus en plus, une immigrée" : au 1er janvier 2004, sur les 4,5 millions d'immigrés résidant en France métropolitaine, 50,3 % étaient des femmes.
La précarité qu'elles subissent sur le marché du travail n'en est que plus évidente, même si elles représentent à présent 41 % des actifs immigrés, contre 35 % en 1990. Leur insertion professionnelle, cependant, "s'apparente à une course d'obstacles", note la délégation : "La réussite scolaire n'est pas, pour les jeunes filles issues de l'immigration, synonyme d'une bonne insertion professionnelle." Le taux d'emploi pour les jeunes filles originaires du Maghreb est ainsi de 65,8 %, contre 79,5 % pour celles d'origine française. Sur les huit principales professions exercées par les femmes immigrées, sept sont des professions non qualifiées, contre trois pour les Françaises.
L'accès au premier emploi se fait, dans la grande majorité des cas, sous un statut précaire (intérim, contrat à durée déterminée, vacations). Elles ne sont en revanche que 8,8 % à être cadres. Environ 40 % des femmes issues de l'immigration ayant une formation de l'enseignement supérieur accèdent à l'emploi en temps partiel, contre 22 % pour les Françaises d'origine.
"CHANTAGE AUX PAPIERS"
L'accumulation de ces difficultés se traduit par un découragement de fait. "Constatant les difficultés d'insertion sur le marché du travail de leurs aînées, qui, elles, avaient beaucoup investi dans leur éducation, ces jeunes filles semblent de moins en moins croire à une quelconque ascension sociale par l'école, et paraissent même capituler", s'inquiète le rapport.
L'insécurité sociale et professionnelle se double d'"une infériorité juridique aux conséquences parfois dramatiques". Le rapport met en cause l'application du statut personnel établissant que toute personne étrangère est soumise, en matière d'état civil, de régime matrimonial, de filiation ou de succession, à la loi du pays dont elle possède la nationalité. "Les effets sont dramatiques en ce qui concerne la répudiation et la polygamie", constate la délégation, soulignant que "les femmes sont l'objet d'un véritable chantage aux papiers". Le paradoxe réside dans ce que les phénomènes de "ghettoïsation" combinés à l'aggravation des difficultés économiques aboutissent à "réinventer" des traditions dites identitaires, parfois même au-delà de ce qui se pratique dans les pays d'origine.
Ainsi la précarité de la situation juridique des femmes issues de l'immigration les expose-t-elle aux violences tant physiques que psychologiques, dont elles ont d'autant plus de mal à s'affranchir qu'elles craignent souvent de s'adresser aux autorités policières ou judiciaires. Aussi la délégation juge-t-elle prioritaire de conforter leur autonomie juridique en limitant l'application du statut personnel.
Patrick Roger
Article paru dans l'édition du 08.12.05
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-718412@51-688305,0.html
06 novembre 2005

Aventures en parité
Histoire politique. Joan W. Scott retrace les innovations conceptuelles et les désillusions qui ont marqué des combats récents pour l’émancipation féminine.
Parité ! L’universel et la différence des sexes,
par Joan Wallach Scott, traduction Claude Rivière, Éditions Albin Michel, 2005, 256 pages, 24 euros.
Professeure d’histoire à Princeton, spécialiste du féminisme, de la vie politique et sociale française, l’auteure étudie le traitement politique de la question de la différence des sexes au tournant du millénaire, durant la période qui conduisit à l’adoption d’une loi constitutionnelle instaurant la parité dans un certain nombre de scrutins. L’universalisme du système républicain français - montre-t-elle dans le prolongement de son livre précédent, la Citoyenne paradoxale - fait représenter les citoyens et la nation par un individu abstrait. Celui-ci est pensé comme une « figure neutre, sans considération de la religion, de la fonction, de la position sociale, de la "race" ou de l’origine ethnique » (page 12). En revanche cet « universel » est sexué. Il est même conçu comme exclusivement masculin, dans le cadre d’un ordre social inégalitaire (où prédomine l’homme, blanc et propriétaire), indifférent aux revendications de droits collectifs (femmes, enfants issus de l’immigration, homosexuel-le-s...).
Né dans un contexte de crise de la représentation politique, le Mouvement pour la parité émerge dans les années 1992-1993 et engage son action au nom d’un universel humain, repensé sur la base de la dualité constitutive de l’individu. Il insiste sur le fait que le sexe doit être inclus dans la définition de l’individu abstrait : il s’agit de « désexualiser la représentation du peuple en sexuant l’individu » (page 14), d’où la proposition d’une loi devant déboucher sur une représentation politique paritaire. Toutefois, la dualité anatomique mise en exergue reste déconnectée de toute construction sociale. L’auteure n’évoque pas les propositions émanant de féministes comme H. Hirata, E. Varikas ou J. Trat qui visent à répondre au déficit de représentation des femmes par l’élection de plusieurs assemblées représentant non seulement les individus (masculins et féminins) mais aussi tel ou tel groupe socialement dominé.
Joan Scott démontre brillamment comment le débat sur la parité est percuté à un moment donné par celui qui porte sur les droits des homosexuel-le-s et sur le PACS, et comment cette rencontre conduit à un virage dans l’argumentaire en faveur de la parité. Un nouveau discours, fortement médiatisé (et porté notamment par Sylviane Agacinsky), présente la différence des sexes comme le fondement naturel de la vie sociale et le couple hétérosexuel reproductif comme un modèle politique républicain idéal (page 187). Ce déplacement discursif de l’individu au couple renforce une interprétation différencialiste (et non plus dualiste) de la différence des sexes.
Sans compter qu’entre les projets et la rédaction de la loi, puis dans ses applications, les hésitations et les compromis sont nombreux, affaiblissant en fin de compte la notion même de parité. À cet égard, la description des manoeuvres masculines et partisanes pour conserver le monopole du pouvoir politique (pages 220 à 230) est particulièrement savoureuse.
Le bilan dressé par l’auteure apparaît en demi-teinte, notamment dans les enseignements qu’elle tire de la campagne électorale de 2002 , en relevant les effets ambigus et « l’inefficacité » de la revendication par les candidates de leur identité féminine. Sans doute sous l’influence d’une conception naïve de la puissance de la loi, l’auteure ne formule pas d’explication convaincante de ces contradictions. Si l’affirmation d’une égalité juridique abstraite de l’individu (héritage de la révolution bourgeoise) est une dimension incontournable de tout projet d’émancipation, elle implique certainement de poursuivre le travail de reformulation philosophique et « sexuelle » de l’universel. Mais pas seulement : l’égalité n’est pas qu’abstraite et pour entrer dans la vie, elle implique que soient nommées et combattues concrètement les discriminations qui affectent les individus dans leurs genres. Par exemple, en instituant une citoyenneté du lieu d’existence, qui conduirait à démocratiser la vie politique bien au-delà de ses limites actuelles.
Didier Epsztajn et Maud Gelly
Source : http://www.humanite.presse.fr/journal/2005-10-31/2005-10-31-817083
05 novembre 2005

Pratiquantes et féministes, elles veulent combattre le patriarcat de l'intérieur.
Des musulmanes à l'heure du «jihad antisexiste»
par François MUSSEAU
QUOTIDIEN : mercredi 02 novembre 2005
Barcelone envoyé spécial
«Le processus de libération n'est pas le monopole du féminisme séculariste.» Le cheveu en bataille et le sourire contagieux, l'écrivaine et philologue française Layla Bousquet revendique la pluralité des luttes féministes, dont celles menées dans le cadre d'une pratique religieuse. Ex-militante féministe de la première heure elle appartenait au Mlac (Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception, créé en 1973) , elle a ensuite travaillé avec des groupes de femmes chrétiennes, juives et musulmanes. Elle est devenue musulmane il y a une vingtaine d'années. «Il y a aujourd'hui dans l'islam un vaste mouvement féminin qui, forcément long et compliqué, remet puissamment en question le patriarcat.»
Mollahs. Layla Bousquet fait partie de la vingtaine d'intervenantes qui, le week-end dernier à Barcelone, ont animé le premier congrès tenu en Europe sur le «féminisme islamique». «Personnellement, je préfère parler de féminisme musulman, l'adjectif "islamique" ayant de mauvaises résonances», ajoute-t-elle. Organisé par la Junta islamica catalana (composée d'Espagnols islamisés), parrainé par les autorités de Catalogne et de Madrid, ce congrès a fait un état des lieux des mouvements féministes musulmans : de la Nigériane Mufuliat Fijabi à l'ONG Baobab luttant contre les châtiments corporels, en passant par les Sisters of Islam ferraillant avec le pouvoir islamiste ou l'avocate pakistano-canadienne Raheel Raza qui se bat contre la «misogynie des mollahs», etc.
«Il s'agit d'une révolution culturelle au sein de l'islam dont on ne parle pas assez, estime Abennur Prado, l'un des organisateurs. Il y a eu des balbutiements en Egypte, dans les années 20 puis, dans les années 90, une forte poussée de féminisme musulman un peu partout, dans une bonne mesure en réaction au wahhabisme et aux dogmes ultraorthodoxes. Aujourd'hui, même si les avancées sont timides, ces mouvements ont pris de la force, jettent des ponts entre eux, établissent des stratégies communes.» Leur credo : la nécessité d'un «jihad des sexes», une guerre contre les «interprétations machistes et sexistes» du Coran.
Expulsion. «Rien dans les textes sacrés ne parle d'infériorité de la femme. Mais on souffre d'une tradition inique faite par les hommes et pour les hommes», s'emporte Asma Barlas, ex-diplomate pakistanaise expulsée de son pays en 1983, aujourd'hui professeur au Ithaca College, dans l'Etat de New York. Comme ses consoeurs, cette dernière est consciente que le fait de résider dans une démocratie (telle Amina Wadud, lire ci-contre) aide le féminisme musulman à aller de l'avant. «Si je tenais le même discours au Pakistan, j'aurais déjà une fatwa et on tenterait de me supprimer», poursuit Asma Barlas.
Ces musulmanes, qui admettent une «immense dette morale» à l'égard des féministes occidentales, revendiquent les mêmes droits que les hommes. Elles fustigent la polygamie, les mariages arrangés, militent pour le droit au divorce, à la propriété et à toute fonction monopolisée par la gent masculine. Vouent aux gémonies les républiques islamiques et ce qui, dans la Charia, discrimine la femme. Pourtant, elles se sentent mal à l'aise vis-à-vis du féminisme laïque. «On est prises en étau entre les fondamentalistes islamiques et les féministes occidentales, pour qui religion rime forcément avec oppression, dit la sociologue iranienne Valentine Moghadam, de l'Unesco. Or, en revenant aux sources coraniques, on peut parfaitement lutter pour nos droits.»
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=335411
01 novembre 2005

AFP/LUKE FRAZZA
Le juge Samuel Alito, candidat favori des mouvements conservateurs, en compagnie du président américain George Bush à la Maison Blanche, le 31 octobre 2005.
George W. Bush désigne un opposant à l'avortement pour siéger à la Cour suprême
LEMONDE.FR | 31.10.05 | 15h52 • Mis à jour le 31.10.05 | 16h07
George W. Bush a annoncé, lundi 31 octobre, qu'il avait choisi un juge conservateur, Samuel Alito, pour siéger à la Cour suprême. Le président américain a estimé que le juge Alito était l'un "des juges les plus accomplis et les plus respectés en Amérique". Si la candidature de M. Alito est confirmée par le Sénat, il devra remplacer la juge centriste Sandra Day O'Connor, qui jouait un rôle de pivot au sein de la Haute Cour, et avait annoncé sa démission début juillet.
Le président compte sur la désignation de M. Alito pour mettre un terme aux batailles internes au sein du Parti républicain, qui s'est déchiré sur la candidature de l'avocate de la Maison Blanche, Harriet Miers. Celle-ci était soutenue par George Bush, mais jugée par certains insuffisamment qualifiée pour ce poste. En outre, une partie des conservateurs qui ont mené M. Bush au pouvoir doutaient de son intégrité idéologique. Face à ces opinions hostiles, le 27 octobre, Harriet Miers a retiré sa candidature en expliquant qu'elle craignait que le processus de confirmation de sa nomination au Sénat soit "un fardeau pour la Maison Blanche".
CANDIDAT DE LA DROITE ANTIAVORTEMENT
M. Alito, 55 ans, un juge de Philadelphie, est, lui, considéré par la presse américaine comme le "favori du mouvement conservateur". Ses positions tranchées contre l'avortement, notamment, en font l'un des candidats favoris des mouvements de la droite religieuse et conservatrice.
Né le 1er avril 1950 à Trenton dans le New Jersey, M. Alito est juge à la Cour d'appel, où il a été nommé par le président George Bush père, en 1990, pour les Etats de Pennsylvanie, New Jersey et Delaware. Il avait été auparavant procureur pour le district du New Jersey, de 1987 à 1990. Sa proximité idéologique avec Antonin Scalia, juge conservateur d'origine italienne de la Cour suprême, lui vaut le surnom de "Scalito".
Diplômé de l'université de Princeton en 1972 et de l'université de droit de Yale en 1975, cet ancien de l'administration de Ronald Reagan a travaillé dans l'entourage proche du ministre de la justice (attorney général) de 1985 à 1987, après avoir été conseiller du sollicitor général (avocat principal de l'administration), de 1981 à 1985.
Samuel Alito s'est signalé par ses prises de position contre l'avortement. En 1992, il a notamment essuyé un revers lorsque la Cour suprême a annulé une loi de l'Etat de Pennsylvanie, qu'il avait approuvée, exigeant que les femmes préviennent leur mari avant de subir un avortement.
Avec AFP
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3222,36-705222@51-694369,0.html

Portrait : Princesse Sarah des Harlequins citoyens
Par Louise Bartlett
Sarah Jacquet a suivi de longues études de philosophie et de lettres, et effectué des stages prestigieux dans le milieu littéraire parisien. C’est pourtant en écrivant des histoires à l’eau de rose pour adolescentes qu’elle gagne sa vie, non sans s’être fixée une mission : investir la culture de masse, et y diffuser des messages militants.
Le discret autocollant fustigeant la pub sexiste annonce la couleur dès la porte d’entrée de Sarah Jacquet. Celle-ci vient de publier son deuxième livre "Qui m’aime me suive" (Pocket Jeunesse), un roman qu’elle qualifie de " féministe ". Toutefois, loin d’être une exaltée de la cause, elle s’exprime calmement, toujours après un temps de réflexion, cherchant la nuance, plutôt que d’affirmer des idées à gros traits : un petit autocollant plutôt qu’une grande affiche.
Sarah habite avec deux colocataires dans un bel appartement lumineux d’un coin calme du 10e arrondissement de Paris. Le parquet grince et la cuisine est démodée. Douce, posée et réfléchie, elle accueille tout, questions, critiques et remarques avec le même calme, le même sourire, et elle écoute. Puis répond avec attention. Sarah relate son parcours tout en versant du thé fumé, à l’aide d’une théière japonaise, dans des bols asymétriques.
Elle a 27 ans, une licence de philosophie, une maîtrise de lettres et un DEA de littérature anglophone. Elle a effectué des stages dans des maisons d’édition, la presse et pour le Salon du livre de la jeunesse où elle a été chargée de l’animation, la rédaction de catalogues, l’organisation de rencontres entre les auteurs et les enfants. Elle a par ailleurs écrit des piges pour la revue " Pages des libraires ". Pour gagner sa vie, elle a aussi travaillé à la librairie parisienne " L’œil écoute " à Montparnasse, et fut ouvreuse au cinéma du Quartier Latin " Le Saint André des arts ".
Faire réfléchir
Avant d’écrire pour Pocket Jeunesse, Sarah avait déjà une solide expérience des histoires à l’eau de rose pour adolescentes, puisqu’elle écrit depuis 5 ans des nouvelles pour la revue mensuelle Miss. C’est du reste la rédactrice en chef de Miss qui l’a introduite chez Pocket.
Sarah est assistante de coordination d’action culturelle dans une association de Bobigny (93) quand naît l’idée du roman "Qui m’aime me suive". N’ayant rien d’autre à faire le midi, elle déjeune le plus souvent d’un sandwich au centre commercial, où elle écoute les jeunes. Elle finit par parler avec quelques adolescentes, pour savoir si elles souffrent du machisme des garçons. Les filles, fatalistes, répondent qu’ils peuvent être " lourds ".
" J’avais une idée forte au départ et le désir de faire réfléchir sur le sexisme ", raconte Sarah. Toutefois, soucieuse de ne pas imposer un discours à des lectrices potentiellement résignées ou peu sensibilisées, et pour les " accompagner ", elle crée une héroïne qui éprouve elle-même des difficultés à prendre conscience de sa révolte et à la faire accepter.
Les romans édités par Pocket Jeunesse sont distribués en grandes surfaces, pas dans les librairies parisiennes, " trop snobs ", selon Sarah. Ils sont lus par une majorité de jeunes adolescentes (âgées de 10 ˆ 14 ans). "Qui m’aime me suive ", numéro 28 de la collection " Toi + Moi = cœur ", est l’histoire d’Alex, adolescente de quinze ans, que la publicité sexiste dérange au point de l’éloigner un temps de ses amis et de son amoureux Ariel, qui ne comprennent pourquoi elle en fait une telle histoire.
Alex et ses proches habitent Bobigny ; ils partagent leurs journées entre le lycée et le centre commercial. Des ados de banlieue, auxquels Sarah prête un langage châtié, bien éloigné de leur réel mode expression : " il fallait en effet rester proche de la grande proportion de lectrices de province ", explique Sarah. Autre obligation imposée par la collection : l’histoire d’amour entre Alex et Ariel. Mais, pour Sarah, celle-ci sert à évoquer le machisme des garçons, et la révolte confuse que ressentent certaines jeunes filles, confrontées au machisme d’une partie de leur entourage, et à la représentation sexiste et excessivement sexuée du corps féminin dans la publicité.
Investir la culture de masse
La réalité de Sarah paraît bien loin de celle de ses héros, et de ses lectrices. Pourquoi s’y intéresse-t-elle ? Elle sourit à la question, et avec un regard à la fois doux et amusé : " lectrice et spectatrice avertie, aux goûts éclectiques, j’ai fini par céder au plaisir que j’avais face à des œuvres populaires ", explique la jeune femme.
Sarah fait penser au personnage de dessin animé, Princesse Sarah (1), avec ses manières si gentilles, jusque dans sa façon constructive de parler des critiques qu’elle a essuyées. Elle raconte par exemple une rencontre survenue lorsqu’elle présentait son livre sur le stand Pocket au Salon du livre de la jeunesse. Une petite fille semblant être issue d’une famille privilégiée s’est approchée du stand, attirée par le livre. Sa mère l’a retenue, puis s’est attaquée à Sarah, lui assénant que " les petites filles intelligentes ne lisent pas ces romans de gare ". Ni blessée, ni agressée, l’auteure dit comprendre sa réaction, et juge simplement que cette mère n’avait " pas assez réfléchi ".
Car loin d’en avoir honte, Sarah souhaite pour le moment continuer à écrire pour Miss, ou pour des collections comme Pocket. " Il faut investir la culture de masse, qui a toutes les raisons d’être bien faite, si elle est faite avec le cœur et avec ferveur ", poursuit celle qui veut " apporter une prise de conscience et de la qualité " à ses jeunes lectrices. Son objectif : aborder des sujets tels que le féminisme, ou la critique du sexisme, soit de front, ou au moins en arrière plan.
Grande diffusion
A sa connaissance, Sarah est le seul auteur chez Pocket à avoir donné une dimension sociale à son roman ; elle est reconnaissante qu’on lui en ai laissé la liberté. Elle dit de ce roman qu’il est " assez militant " et assume pleinement l’aspect didactique de son histoire. Elle le revendique même, contente d’être publiée à 20 000 exemplaires par Pocket, plutôt qu’à 1 000 exemplaires par un éditeur plus prestigieux, mais moins lu. Elle compte écrire un troisième roman pour cette collection, dont les héros évolueront sur fond de télé réalité. " Ce sera une critique de ce type d’émissions, mais pas de haut ", assure Sarah, auteure d’"Harlequins citoyens". Sarah accepte ce qualificatif... à condition qu’il n’y ait pas de mépris dans l’expression. Sarah n’aime pas le mépris.
(1) Inspiré du roman de Frances Hodgson Burnett
Source : http://www.place-publique.fr/article596.html



