22 janvier 2006
"L’homosexuel découvre l’homophobie avant même qu’il ne reconnaisse sa différence. Si ce n’est pas dans sa famille, ce sera très tôt à l’école ou dans la rue. Il saura donc qu’on l’exclut pour ce qu’il est, même en devenir".
L’Homophobie - Un comportement hétérosexuel contre nature
par Ginette Pelland, professeure et écrivaine
Claude Charron
Extrait de la préface
Ce livre brosse premièrement le tableau actuel de la lutte contre l’homophobie dans notre société. L’évolution du droit et la constitution de groupes de défense des gais et lesbiennes ont entraîné la mise en place de mesures éducatives, sociales et politiques dans le but de faire cesser la discrimination dont les personnes homosexuelles sont victimes. Beaucoup de travail reste cependant à accomplir dans le sens de l’ouverture des mentalités sur cette question.
L’homophobie est une forme de discrimination fondée sur des préjugés qui ont toujours eu cours dans l’histoire occidentale. Ces préjugés partent d’aussi loin que la Grèce ancienne et ils sont inscrits profondément dans la mentalité religieuse judéo-chrétienne. La Bible ouvre la voie aux cruautés que l’Occident continuera par la suite de réserver aux personnes homosexuelles. Le fondamentalisme religieux de l’Église médiévale s’en inspirera pour condamner les homosexuel(le)s au bûcher. L’avènement de la pensée scientifique et de l’État de droit ne réussira pas à faire cesser la condamnation et la persécution de ces personnes. C’est ainsi que les homosexuel(le)s passeront du bûcher à la prison et à l’asile, leur statut de pécheurs contre Dieu et la religion se transformant progressivement en celui de fauteurs de trouble social, d’individus hors normes, de pervers et de malades mentaux.
C’est ce qu’il faut défaire pour dénoncer et démasquer la profonde injustice de l’homophobie. L’orientation homosexuelle d’une personne ne justifie en rien son traitement social au titre d’être inférieur aux autres, réputé coupable et anormal en raison même de sa différence sexuelle.
Cet essai est divisé en trois parties distinctes :
- le débat actuel concernant le mariage des conjoints de même sexe
- l’homosexualité : un survol historique
- la réfutation des préjugés les plus tenaces qui ont encore cours de nos jours
Ginette Pelland, L’Homophobie - Un comportement hétérosexuel contre-nature, Montréal, Québec-Amérique, 2005.
Mis en ligne sur Sisyphe, le 5 janvier 2006.
© Sisyphe 2002-2005
Source : http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2193
20 octobre 2005

Edition : un livre contre l’homophobie pour les ados
Alors que les éditeurs publient de plus en plus d’ouvrages consacrés à l’homosexualité pour le jeune public, manquait un titre consacré à l’homophobie. C’est chose faite avec "Le droit d’aimer. Combattre l’homophobie" de Julien Picquart aux éditions Syros.
Ces dernières années — malgré quelques poussées éruptives comme celle, récente, d’Edwige Antier, conseillère de Paris UMP, contre un ouvrage pour jeunes enfants (1) qui présente l’homoparentalité sous un jour favorable — l’homosexualité a été traitée par nombre d’auteurs de littérature jeunesse. Aux éditions Syros, on compte ainsi pas moins de cinq romans sur ce thème.
Restait un domaine non couvert : l’homophobie et les moyens d’y remédier. C’est désormais chose faite, chez Syros toujours, avec "Le droit d’aimer. Combattre l’homophobie" de Julien Picquart (collaborateur régulier d’"Illico"). "Cet ouvrage destiné aux collégiens, aux enseignants ou aux parents fait partie d’une collection sur les droits de l’Homme, explique Sandrine Mini, directrice éditoriale de Syros. Le sujet, qui nous a été proposé par l’auteur, est pertinent dans le contexte actuel. Nous avons demandé à Julien Picquart non pas de partir de là où lui militait [en l’occurrence à SOS Homophobie] mais d’amener progressivement le lecteur là où il en était — c’est-à-dire quelqu’un qui analyse et combat l’homophobie."
L’ouvrage, adroit et exemplaire, est bâti autour d’une fiction (très habile), de deux solides témoignages (dont celui de David Gros, jeune gay agressé à Marseille) et de courtes interviews d’experts comme le psychologue Eric Verdier ou l’universitaire Louis-Georges Tin. "Nous pensons que cet ouvrage va susciter un débat, précise Sandrine Mini en tout cas nous nous y emploierons, notamment au Salon du livre pour la Jeunesse de Montreuil. Nos représentants ont déjà présenté le livre aux libraires et l’accueil semble plutôt bon".
Jean-François Laforgerie
(1) "Jean a deux mamans",
(2) Julien Picquart, "Le droit d’aimer. Combattre l’homophobie", éditions Syros, 7,50 euros.
Source : http://v2.e-llico.com/article.htm?rubrique=actu&articleID=11621
Mis en ligne le 20/10/05

Tu es à moi
Géraldine Le Brun
Editeur : Atlantica - Seguier
Langue : Français
304 pages
Chroniques et points de vue :
Adventice :
Tu es à moi. Qui est à qui ? Histoire de l'amour possessif et dilution des personnalités dans les conflits et communions. Scènes de vie tendres et tumultueuses où l'on entend battre les cœurs. Où l'on voit frémir, s'unir et se déchirer des êtres de chair. Le tu et le moi. Elle et elle. Elle et elles. Et les autres. Premier roman de Géraldine Le Brun qui a imaginé une histoire saphique qu'elle nous met en scène en un récit à plusieurs sensibilités.
Une jeune femme se sépare de sa compagne avec laquelle elle n'a plus grand chose à faire : plus de communication, plus de désir, le sentiment d'être une femme objet, l'indifférence, le mépris. Totalement disponible, elle rencontre Andréa et tout va aller très vite, peut-être trop vite...
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19 octobre 2005
Auteures : Cécile Bailly, Muriel Bonneville, Paola Cicagna, Léa Duffy, Sandrine Hébert, Cy Jung, Anne-Laure Mahé et Brigitte Ourlin. Colin-maillard, de Cécile Bailly : 
Dessous divers
Editeur : La Cerisaie
Langue : Français
176 pages
Code Article : 20530
Chroniques et points de vue :
Adventice :
Attention les filles, l'hiver va être chaud ! Nouvelles collectives érotiques.
" La langue se laissait aller à des circonvolutions expertes. Johanna ne put retenir une série de gémissements. L'instant était torride. Elle retint ses mains d'agripper la tête de la Voix et ses doigts se crispèrent sur la rambarde au point de se faire mal. Ses reins se braquaient, la langue tournait plus vite, poussant de ci, de là, ivre du goût de Johanna, augmentant la pression dans ses veines. Puis brusquement, sans prévenir, elle se retira, suscitant un petit cri de reproche. N'en prenant pas ombrage elle poursuivit son chemin vers le nombril, s'y attardant, coulant sur les côtes, lentement. Johanna comprit que la Voix était torse nu lorsqu¹elle éprouva le poids de ses seins contre le bas de son ventre."
Libertines et dessous chics, de Léa Duffy :
"Ce petit jeu m'excitait de plus en plus et je savais que j'allais m'autoriser encore quelques plaisirs. Je commençai par embrasser le dos de cette femme qui me rendait dingue, laissant descendre ma bouche jusqu'au creux de ses reins. J'entendis Molly gémir de plaisir, la tête entre les seins de Chloé. Patricia profita de ma position cambrée et à genoux pour ouvrir mon pantalon et le faire glisser en même temps que mon string, enfoncer sa bouche entre mes cuisses et sa langue sur ma petite toison brune tout inondée de désir. Je râlai de plaisir ; les trois femmes me suivirent. Nos corps se désiraient, se déhanchaient, se balançaient, se frottaient. "
Les Grandes lignes de l'histoire de Dora, d'Anne-laure Mahé :
" Nush, elle, fixait les boutons un à un du chemisier à pois de Dora. Cela faisait des mois qu'elle spéculait sur les merveilles que ces boutons dissimulaient. Au regard des îlots de grains de beauté sur le cou nu, elle sentit la salive affluer dans sa bouche ; ses mains un instant se refroidirent sous le choc causé par le moelleux de la poitrine et des bras. Elles enlevèrent simultanément ceintures, jupes et escarpins, et elles savourèrent le luxe que ce délicieux moment leur apportait : Nush mangea des yeux la rondeur des hanches et des genoux, le rebondi du ventre et des jambes dont la blancheur contrastait divinement avec les sous-vêtements noirs et les bas gris. Au nombril, une petite cicatrice qui ressemblait à une couture l'attendrit. Elle fut prise d'une passion dévorante pour ce sexe qui se cachait encore sous la culotte et le porte-jarretelles, pour ces seins qui, tremblants de désir, sortaient de leur carcan de tissu. "
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18 octobre 2005

Les amants du Spoutnik
de Haruki Murakami, Corinne Atlan (Traduction)
Langue : Français
Éditeur : 10 X 18 (7 octobre 2004)
Collection : Domaine étranger
Format : Poche - 270 pages
ISBN : 2264039329
Chroniques et points de vue :
Présentation de l'éditeur :
K. est amoureux de Sumire, mais celle-ci n'a que deux passions : la littérature et Miu, une mystérieuse femme mariée. Au sein de ce triangle amoureux, chaque amant est un satellite autonome et triste, et gravite sur l'orbite de la solitude. Jusqu'au jour où Sumire disparaît... Les Amants du Spoutnik bascule alors dans une atmosphère proprement fantastique où l'extrême concision de Murakami cisèle, de façon toujours plus profonde, le mystère insondable de l'amour. " Ceux qui n'ont jamais lu cet auteur-culte au Japon découvriront une langue limpide, fluide, presque éthérée, une manière diaphane de raconter une histoire en semblant effleurer les choses et les êtres. Jusqu'à ce qu'un incident, un souffle, brouille la surface et nous entraîne vers les profondeurs indéterminées de l'onirisme. " Pierre Sorgue, Télérama
Biographie de l'auteur :
Haruki Murakami est né à Kobe en 1949. Après avoir étudié la tragédie grecque, il ouvre un club d jazz à Tokyo avant de se consacrer à l'écriture. Pour échapper au conformisme de la société japonaise, il rêve d'Amérique, raison pour laquelle il devient le traducteur de Fitzgerald et de Carver. Il rencontre le succès dès son premier roman paru au Japon en 1979, Écoute le chant du vent, pour lequel il reçoit le prix Gunzo. Après la publication de plusieurs ouvrages - La Course au mouton sauvage, La Fin des temps, La Ballade de l'impossible, Danse, danse, danse, ou encore L'éléphant s'évapore -, il s'expatrie, en Grèce et en Italie, puis aux États-Unis. Il enseigne la littérature japonaise à Princeton et entame l'écriture d'Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil. En 1995, après le séisme de Kobe et l'attentat de la secte Aum, il rentre au Japon et publie Après le tremblement de terre. Il a depuis publié deux romans : Les Amants du Spoutnik et Umibe no Kafka (Kafka au bord de la mer), paraître aux éditions Belfond en 2005.
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17 octobre 2005

Le baiser et l'étreinte
C'est une Cathy Peylan très inspirée qui nous propose d'aborder l'année 2006 en bonne compagnie grâce aux photos sensuelles du calendrier Ipso Facto. Un pur bonheur...
Après deux ans d'absence, Ipso Facto revient en force en proposant son nouveau calendrier lesbien, le seul et l'unique sur un marché français qui avait bien besoin de faire une place aux filles qui aiment les filles. Le cru 2006 s'annonce encore meilleur que celui de 2004 avec des photos qui cristallisent en finesse des moments d'émotions intenses. Inspirée par le thème du Baiser et de l'étreinte, Cathy Peylan a su retranscrire l'intimité et la tendresse de ses modèles qu'on croirait prises en flagrant délit de débordement sentimental.
Douze mois, douze photos de couples oscillant entre la douceur des émotions et la violence du désir charnel. Chaque photo est comme l'incarnation de la périodicité du désir : saisons torrides et saisons mouillées sont autant de facettes de la manifestation (et satisfaction) d'un irrépressible besoin de communion. Douze mois, douze couples différents : la majorité des filles qui ont posé pour le calendrier étaient vraiment en couple avec leur partenaire, d'où cette sensation d'authenticité qui se dégage des photos. Le choix du noir et blanc permet de mieux faire ressortir la quintessence des émotions.
Cathy Peylan, photographe réputée pour ses photos de danses et de nus féminins (http://www.peylan.com), signe un calendrier tendre et coquin qui donne envie d'une année 2006 caline et fougueuse...ne doutons pas qu'il sera de bon augure pour débuter l'année en beauté !
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15 octobre 2005

Génération Arc-en-ciel
de Cécile Bailly, Grib Borremans
Éditeur : Gaies Et Lesbiennes (15 octobre 2005)
Format : Reliure inconnue
ISBN : 2912706343
Points de vue et chroniques :
Adventice :
Une chronique de la nouvelle Vie Parisienne, la saga des lesbiennes, des gais, des trans, des bis, et même des hétéros.
Un premier épisode avec en vedettes : Simon, le beau gosse volage, flanqué d'une mère juive pas prête à entendre que son fils chéri est gay ; Alix, la lesbienne qui a décidé de se dévergonder un peu et y parvient très bien ; Clémentine, l'hétéro romantique et dévouée, solidaire et dynamique ; et Claude, dont on ne sait trop au départ si elle est une fille ou un garçon ; à la fin non plus.
Et en guest stars :
Titi et Lulu qui ont décidé de se pacser et d'avoir un enfant, Véra, la bourgeoise lesbienne qui ne veut pas décevoir ses parents mais qui aime vraiment trop le sexe avec Alix, Michel, l'homo qui a passé sa vie dans le placard et l'ombre de son père, Tareq, le pédé iranien sans papiers, Joël l'ours tout droit arrivé des dessins de Tom of Finland, Lilly, le travesti qui prépare son one-queen-show tout en recherchant ses origines, Steve, le voisin du dessus, à peine sorti de l'adolescence mais déjà séropositif, Malik qui a dû choisir entre copains de la cité et homosexualité, Homère, le clochard céleste qui semble avoir tout vécu.
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25 septembre 2005

Olivia Sturgess 1914-2004
Olivia Sturgess, auteure lesbienne à succès de romans policiers, se retrouve héroïne d’une bande dessinée de Floc’h & Rivière. Les BD grand public présentant une héroïne lesbienne sont si rares qu’il imposait de s’y arrêter. Las(se) ! L’homosexualité d’Olivia est suggérée, jamais dite. N’étaient ses pantalons et cols roulés ou la couv’ de l’album, d’Olivia en costume-cravate, cheveux à la garçonne, fume-cigarette et bague à l’auriculaire, il faut attendre plus de la moitié de l’album pour imaginer que, de sa rencontre avec une certaine Mlle Ruth Schlesinger, naîtra un amour lesbien. S’il ne s’agissait que d’attendre le cœur de l’histoire — deux femmes se désirent, font l’amour, vivent ensemble, bref ces femmes ont une relation lesbienne — pourquoi pas ?
Or Floc’h & Rivière ne montrent rien de tel : Mlles O. et S. achètent une maison ensemble, point barre. Suite à quoi, O, enfin bien dans sa peau, cesse d’écrire : le top ! J’en passe, comme la convocation, récurrente dans l’album, d’une psychanalyste caricaturale ou la présentation de Vita Sackwille-West et de ses ami-e-s, comme des " créatures de terreur ". Cerise : Olivia S. n’a jamais existé ailleurs que dans l’imagination des auteurs. La création de personnages de fiction ne saurait être une excuse pour reconduire, en 2005, ce que nous ne savons que trop déjà : à savoir que la sexualité des femmes, entre elles, on n’en parle pas, donc elle n’existe pas.
Sophie Choucas
Floc’h & Rivière, "Olivia Sturgess 1914-2004", Dargaud, 15 euros.
Source : http://v2.e-llico.com/article.htm?rubrique=culture&articleID=11339
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22 septembre 2005

(Photo : Eric Fassin)
L'Inversion de la question homosexuelle
C’est un ouvrage stimulant que sort ces jours-ci le sociologue Eric Fassin. "L’inversion de la question homosexuelle" montre que ce n’est plus la société qui s’interroge sur les homos, mais le mouvement LGBT qui questionne les normes.
Par Julien Picquart
Depuis la seconde moitié des années 90 et les débats sur le PaCS, Eric Fassin est un analyste percutant des problématiques sexuelles en même temps qu’un sociologue clairement engagé dans la lutte contre l’homophobie. Ses deux précédents livres ("Au-delà du PaCS", éd. PUF, et "Liberté, égalité, sexualités", éd. Belfond) l’ont montré, ainsi que les articles qu’il a publié dans la presse ces dernières années. "L’inversion de la question homosexuelle" en rassemble une partie et met en valeur les deux fils conducteurs de la pensée de Fassin : la place faite aux libertés individuelles et l’emprise des normes.
En bon américaniste tout autant qu’en lecteur attentif de Judith Butler, Eric Fassin montre à quel point ces deux questions sont liées, en particulier quand il s’agit des homos et des trans. Ce qui ne veut pas dire que les revendications de ces derniers (et, parfois, leurs victoires) fassent reculer les normes en même temps qu’avancer les libertés. Non. "L’individu n’est pas affranchi de l’emprise des normes, écrit Fassin dans l’introduction de son livre. Mais leur empire est assorti d’un point d’interrogation, qui ouvre pour chacun une marge de liberté".
C’est tout l’intérêt de "L’inversion de la question homosexuelle". Nulle béatitude chez Fassin face au mouvement LGBT ! Pas de simplification flatteuse pour les homos et les trans, mais plutôt une analyse percutante des enjeux de leurs combats. Qui plus est sans tomber dans le travers du scientifique qui prend de haut l’objet de son étude.
C’est que Fassin s’applique à lui-même la leçon qu’il a tirée de "l’inversion de la question homosexuelle". Si ce n’est plus la société qui observe les gays et les lesbiennes en se demandant comment ils en ont pu en arriver là, mais les homos qui poussent la société (et notamment les intellectuels) à s’interroger sur elle-même, le sociologue n’a aucune raison d’échapper à ce retournement de situation. D’où son humilité qui le fait conclure qu’ "Il nous reste à repenser la science sans la transcendance d’une majuscule".
Eric Fassin, " L’inversion de la question homosexuelle ", Editions Amsterdam, 17 euros.
Source : http://v2.e-llico.com/article.htm?rubrique=dossier&articleID=11333
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21 septembre 2005

Drôles de grand-mères
Quand on a 86 ans, une oeuvre de plus de quarante livres, qu'on est nobélisable depuis des années et régulièrement coiffée sur le poteau par des femmes plus politiquement correctes (Nadine Gordimer, Toni Morrison) ou plus ouvertement provocatrices (Elfriede Jelinek), on n'a plus rien à attendre de la société et plus rien à lui prouver. En un mot, quand on est Doris Lessing et qu'on peut rouvrir à n'importe quelle page le magnifique Carnet d'or, L'Echo lointain de l'orage, La Cité promise et tous les autres pour se rappeler qu'on a bien écrit de la littérature, on n'a plus rien à se prouver.
Ainsi Doris Lessing, qui a largement l'âge de pratiquer l'art d'être grand-mère, s'est-elle amusée, dans un bref roman très bien écrit, poétique et désinvolte, à croquer le portrait de deux sulfureuses mamies, ou plutôt de deux parfaites grand-mères qui ont été des mères aux moeurs scandaleuses - chacune ayant eu une histoire d'amour avec le fils de l'autre.
C'est pourtant sur une paisible scène familiale, au bord de la mer, que s'ouvre le récit. Avec deux hommes séduisants "que seules de mauvaises langues pouvaient dire d'âge mûr", deux dames d'une soixantaine d'années "assez belles pour que personne n'eût songé à les juger vieilles", deux petites filles. Bref, "des êtres soignés et resplendissants, comme tous ceux qui savent profiter du soleil".
TABLEAU DE GENRE
Une femme, Mary, vient perturber ce joli tableau de genre. Elle est la mère d'une des petites filles et l'épouse d'un des hommes. Elle tient en main un paquet de lettres, tremble de fureur et part avec les enfants en disant aux grand-mères qu'elles ne les reverront plus jamais. Ce petit épisode de vaudeville suscite l'hilarité immédiate de sa belle-mère, "un rire dur, forcé, amer, en cascade", puis "des éclats de rire durs, triomphants".
Evidemment, elles n'ont pas toujours été des ancêtres, ces deux belles femmes, Roz - Roseanne - et Lil - Liliane. Elles ont été deux petites filles intrépides qui se sont connues à l'école et sont devenues amies pour la vie. Elles se sont mariées, mais ont habité "deux maisons qui se faisaient face dans une rue qui dévalait vers la mer, non loin de la pointe de terre qui abritait Baxter's (où se passe la première scène du roman), un coin populaire mais bohème".
La même année, Liliane et Theo ont eu un fils, Ian, tout comme Roseanne et Harold avec Thomas (Tom), "deux petits garçons blonds, adorables, on disait qu'ils auraient pu être frères". Dans ces deux familles devenues selon Roz "une seule grande famille unie", les maris comprennent assez vite qu'ils sont superflus. Harold, ayant le sens de sa survie, s'en va enseigner dans une université lointaine. Theo meurt dans un accident de la route, laissant à sa veuve une fortune et un enfant difficile, Ian.
Comment fonctionne, et peut-être déraille, ce drôle de couple de femmes, Roz et Lil, pas lesbiennes mais liées d'une manière plus étrange ? C'est tout l'art de Doris Lessing, dans ce très peu conforme Les Grand-Mères, de le suggérer. Sans commenter, sans juger. Pourquoi chacune d'elles consent-elle à l'amour que lui porte le fils de l'autre ? Inconscience ? Perversité ? Sentiment que ce n'est qu'un jeu d'adolescent qui, la maturité venue, ne sera plus que le souvenir d'une singulière initiation à l'amour et à la vie ? Evidemment, Ian et Tom, les garçons inséparables, développent jalousie et rivalité. Jusqu'au désir de meurtre. Harold, le père de Tom, décide de l'"arracher des griffes de ces femmes fatales" (en français dans le texte anglais de Doris Lessing). "C'est un peu tard", dit Roz à son fils en riant. Il aurait dû prêter plus d'attention qu'il ne l'a fait à ce propos.
En effet, Tom et Ian se marient et ont à leur tour des enfants deux filles... Et Roz et Lil deviennent d'indispensables grand-mères. Mais c'est tout ce qui se passe dans l'envers du décor - conduisant à l'explosion de fureur de Mary, la femme de Tom - qui intéresse Doris Lessing et fait de ce roman une fable très troublante.
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LES GRAND-MÈRES (The Grandmothers) de Doris Lessing. Traduit de l'anglais par Isabelle D. Philippe, Flammarion, 128 p., 14 €.
Josyane Savigneau
Article paru dans l'édition du 16.09.05
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La tyrannie des esprits
Doris Lessing, dans le numéro de la revue L'Infini qui sort dans quelques jours, publie "Censures", un texte où elle s'attaque à "la plus puissante tyrannie des esprits dans ce que nous appelons le monde libre", "le politiquement correct".
"En vérité, nous ne supportons pas d'être libres, écrit-elle notamment. L'homme - l'humanité - aime ses chaînes et, si les anciennes tombent, elle se hâte d'en forger de nouvelles. Le problème, c'est que ceux qui ont besoin de rigidité, de dogmes, d'idéologies, sont toujours les plus stupides, aussi le "politiquement correct" est-i l une machine qui s'auto-reproduit pour éradiquer l'intelligence et la créativité.
(...) Avec ce schéma si fermement enraciné dans nos esprits, il ne nous reste plus qu'à nous demander tristement : quand nous réussirons à rejeter cette épouvantable nouvelle tyrannie - si nous y réussissons jamais -, qu'est-ce qui la remplacera ?"
Dans la même livraison, Jeanette Winterson, sous le titre "La sémiotique du sexe", dénonce les mêmes dérives, explique son refus d'entrer dans la case "écrivaine lesbienne" et conclut ainsi : "Que cherchons-nous donc à dauber et à décourager ? C'est l'esprit libre."
L'Infini, n° 92, automne 2005, Gallimard, 128 p., 14,50 €. (Les deux textes sont traduits de l'anglais par Isabelle D. Philippe.)
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-689194@51-627810,0.html
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