11 septembre 2005

Guillaume "n'arrivait pas à parler", alors, à 17 ans, il a craqué
LE MONDE | 09.09.05 | 14h12 • Mis à jour le 09.09.05 | 14h12
BORDEAUX de notre correspondante
Guillaume, 22 ans, prépare un bac professionnel. Il souhaite rester anonyme.
"Je suis le deuxième d'une famille de trois enfants qui a vécu d'abord dans une petite ville du Lot-et-Garonne puis à Bordeaux. A 17 ans, j'ai fait deux tentatives de suicide.
Déjà, vers l'âge de 8 ans, je subissais des quolibets de la part de mes copains de classe, qui me traitaient de pédé. Les profs étaient indifférents. On ne considère pas l'insulte homophobe de la même manière que l'insulte raciste. J'étais un enfant dit modèle, premier de la classe mais assez réservé. Les élèves ont dû me sentir comme une agression. Je suis devenu leur bouc émissaire.
Au collège, ça a empiré : en plus des insultes, il y avait les coups. C'était même un rituel : chaque matin, certains me tapaient violemment l'épaule. Entre midi et deux, une quinzaine m'encerclaient et me traitaient de tout, en me donnant des coups. Ça résonnait de toutes parts en moi quand on me disait : "T'existe pas" , "t'es une merde" , "un monstre" , "on va te buter, pédé" . Tout le monde le voyait sans réagir.
Mes parents ? A 17 ans, en première, je suis passé de très doué à dernier de la classe, je faisais des fugues. Ils n'ont pas compris ce qui m'arrivait. Ils m'ont toujours soutenu mais je leur en veux un peu de ne pas être allés au-devant de mes problèmes.
Moi, je ne pouvais rien dire. Je me bloquais pour ne pas souffrir tout en étant prisonnier de moi-même. Je n'existais ni pour moi ni pour les autres et je mentais à tout le monde car je voulais me protéger. Je me dégoûtais aussi, en pleine négation de ma personne, et ce sentiment me rongeait. Il n'y avait pas une journée sans que j'y pense. Dans ces cas-là, on ne peut parler à personne.
UN LONG CHEMINEMENT
On dit que, de nos jours, c'est facile d'exprimer son homosexualité ou de trouver des soutiens via des associations ou des téléphones anonymes. Mais à la campagne, sans téléphone portable, vous ne pouvez pas utiliser le téléphone familial à cause des factures détaillées ni Internet à cause de l'historique laissé sur l'ordinateur. Aller acheter des magazines spécialisés est au-dessus de vos forces.
Quand on est jeune, on est isolé et on ne sait pas vers qui se tourner. Comme je n'arrivais pas à parler, on disait que j'étais dépressif. Quand j'ai fait mes tentatives de suicide, à trois semaines d'intervalle, les médecins m'ont dit que j'avais un trouble important du comportement : de la schizophrénie. A ce moment, je me suis dit que non seulement j'étais homo mais en plus malade.
On ne se suicide pas sur un coup de tête : c'est un long cheminement où il faut se couper de tout amour. Je ne pouvais pas vivre l'amour auquel tout le monde aspire. Pour la première tentative, j'avais refusé d'aller au lycée et j'ai avalé 80 cachets d'Efferalgan. C'est ma mère qui m'a découvert.
A l'hôpital psychiatrique, le médecin m'a bien demandé si j'aimais les garçons mais il y avait quatre autres personnes autour de moi, dont une infirmière qui notait tout. Comment pouvez-vous être en confiance quand depuis près de dix ans vous gardez tout en vous ? Je n'ai rien dit.
J'ai appris à bien connaître le personnel psychiatrique car j'ai été interné quatre mois dans une unité pour malades difficiles (UMD), avant de passer en hôpital psychiatrique de jour puis, jusqu'à présent, dans un centre de réadaptation psychosocial pour jeunes, une structure intermédiaire entre l'hôpital et le foyer. Ce milieu m'a plus détruit qu'autre chose. Je me demande toujours si le personnel est homophobe, mal formé à cette problématique ou simplement incapable de l'entendre et de la gérer.
Je me souviens d'une scène à l'UMD : le psychiatre était entré dans ma chambre avec six ou sept autres médecins. En me tournant le dos, il a demandé à voix haute ce que signifiait "pédé comme un phoque" . Après avoir donné l'explication, ils sont partis en riant.
Nous vivons dans une société de peurs de tous ordres. Rien n'a changé pour les jeunes homos. Il y a une tolérance hypocrite : les gens disent accepter l'homosexualité pour éviter d'en parler et d'affronter vraiment le problème.
CASSURE IRRÉMÉDIABLE
Je me demande où j'ai puisé l'énergie pour résister, car je me dis toujours que j'aurais dû mourir. Je garderai cette cassure irrémédiable. Malgré tout, les rencontres, même rares, de personnes sans a priori m'ont aidé à m'en sortir. Maintenant, j'essaie de vivre, de me reconstruire tant bien que mal : je viens d'emménager dans un appartement, d'adhérer à une association d'écoute homosexuelle, je me projette professionnellement. Mais jamais je ne révélerai mon homosexualité à mes collègues de travail, qui tomberaient de haut s'ils l'apprenaient. Je n'ai plus l'énergie de me justifier et je veux éviter des ennuis inutiles.
L'hétérosexualité est le dernier rempart solide sur lequel les gens se sont construits. Alors, quand on leur parle d'homosexualité, on fait vaciller cette certitude. Je suis persuadé que le sujet touche plein de jeunes, mais peu restent en vie pour en parler."
Propos recueillis par Claudia Courtois
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-687414,0.html
par Le Monde 
Le suicide révèle la souffrance singulière des jeunes homosexuels
Quelques bureaux garnis d’un ordinateur et d’un téléphone, une moquette gris perle, des murs immaculés : rien n’accroche le regard dans la vaste salle d’écoute de Sida-Infoservice, à Paris. Une baie vitrée permet d’apercevoir au loin la frondaison des arbres du cimetière du Père-Lachaise. "Ici, on est tranquille, c’est très silencieux, sourit Annick, une "écoutante" qui passe trente heures par semaine au téléphone. C’est essentiel pour être disponible."
Depuis 1997, la ligne Azur de Sida-Infoservice (08-10-20-30-40) s’adresse à tous ceux qui " réalisent que leur désir les porte vers des personnes du même sexe et qui n’arrivent pas à faire face à cette situation". "En 1997, nos lignes d’écoute étaient toutes consacrées au sida, raconte Hervé Baudoin, le référent gay de l’association. Mais beaucoup d’"appelants˜ voulaient également évoquer leurs difficultés face à l’homosexualité, leur isolement, leur souffrance. Nous avons donc créé une nouvelle ligne d’écoute."
Sept ans plus tard, en 2004, la ligne Azur a reçu plus de 7 000 appels, soit une progression de 8,5% par rapport à 2003. Un tiers des appelants ont moins de 20 ans. "Ils se demandent s’ils sont "normaux˜, s’il existe d’autres adolescents comme eux, si "ça" va changer un jour, raconte Alain, un " écoutant". Beaucoup ont entendu des insultes homophobes au lycée ou dans la rue et ils sont terrifiés par le regard des autres. Qu’ils soient jeunes ou vieux, certains sont complètement affolés à l’idée d’être "différents˜ et ils en arrivent à tenir des propos suicidaires."
"STIGMATISATION"
Pour la première fois en France, une étude épidémiologique, menée par l’association Aremedia avec la collaboration de l’Inserm, a mesuré ce mal-être évoqué par les écoutants de la ligne Azur. A la veille de la Journée mondiale de prévention du suicide, samedi 10 septembre, ce travail montre que ce phénomène touche les homosexuels de très près.
Les résultats préliminaires du travail de Marc Shelly, médecin de santé publique et responsable du centre de dépistage anonyme et gratuit de l’hôpital parisien Fernand-Widal, font apparaître que, "toutes choses égales par ailleurs" - âge, lieu de résidence, niveau d’études, catégorie socioprofessionnelle, structure familiale parentale, modes de vie (couple ou célibat) -, les jeunes homosexuels ont treize fois plus de risque de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels. Ces résultats confirment les chiffres issus des études américaines, canadiennes et australiennes : elles aboutissent, chez les homosexuels, à des chiffres de "sursuicidalité" variant de six à treize.
Les chiffres français ont été obtenus à partir d’un échantillon de 993 hommes âgés de 16 à 39 ans. Tous ont raconté leur trajectoire "socio-biographique" en remplissant un long questionnaire informatisé installé, de 2000 à 2004, sur trois sites : le festival de lutte contre le sida Solidays, qui a lieu tous les ans en région parisienne, le Centre d’information et de documentation pour la jeunesse (CIDJ), à Paris, et le centre de sélection des appelés du contingent de Blois, dans le Loir-et-Cher.
Dans une étude exploratoire menée en juillet 2002 auprès de 368 personnes et publiée par le British Medical Journal, Marc Shelly avait tenté de comprendre cette forte propension au suicide des homosexuels. En analysant les résultats, il avait ainsi constaté que chez les jeunes gays, les tentatives de suicide étaient fortement associées à une dégradation de l’estime de soi : 80% de ceux qui avaient attenté à leur vie au moins une fois avaient une opinion négative d’eux-mêmes ou évoquaient un manque de respect envers eux-mêmes ou perçu chez autrui.
Marc Shelly avait alors fait l’hypothèse que cette forte "sursuicidalité" était liée à la "stigmatisation dévalorisante de l’homosexualité perçue au sein du cercle familial ou à l’école, qui produit des effets désastreux sur la construction personnelle".
Pour beaucoup de responsables associatifs du milieu gay, ces résultats ne sont guère surprenants. "Les homosexuels ont le choix entre le secret, qui est psychologiquement épuisant, et le "coming-out", qui entraîne souvent le rejet de la famille, du voisinage ou des collègues de travail, raconte Alain Piriou, le porte-parole de l’Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans), qui organise la Marche des fiertés homosexuelles. Se donner la main dans la rue, comme le font tous les hétérosexuels, c’est s’exposer à des regards, des remarques, voire des agressions. Et à l’adolescence, quand on est fragile, on le supporte très mal."
"SOUFFRE-DOULEUR"
Même constat de Yannick Gillant, psychologue, qui a, pendant trois ans, accueilli des jeunes au sein de Debout étudiants gays et lesbiennes (Dégel), une association sur le campus de Jussieu : "C’est difficile, à l’adolescence, de se sentir différent, de ne pas arriver à participer aux discussions, aux flirts et aux blagues que font les copains. L’homophobie n’est pas forcément violente, mais à cet âge-là, il y a des codes à respecter et les jeunes homosexuels en sont exclus. Du coup, ils se taisent et toute leur vie psychique est organisée autour de ce secret. Jusqu’au jour où ils craquent."
Pour éviter les passages à l’acte, le psychologue Eric Verdier, chargé de mission à la Ligue des droits de l’homme et auteur avec Jean-Marie Firdion de Homosexualités et suicide (H & O, 300 p., 17 euros, 2003), a mis en place en 2004 une dizaine de groupes de parole à Paris, Cherbourg, Marseille, Arras ou Nancy. "Au cours de ces réunions, beaucoup évoquent les moqueries et les rires qui visent leur homosexualité réelle ou supposée, affirme-t-il. L’adolescence est l’âge de tous les dangers et le thème de la différence est alors une question-clé. Souvent, ceux qui viennent nous voir ne sont pas conformes aux stéréotypes de la masculinité ou de la féminité et ils se sentent rejetés : ils ont le sentiment d’être des souffre-douleur."
Ces groupes accueillent régulièrement une quarantaine de jeunes. "Selon plusieurs enquêtes, un suicide adolescent sur deux serait lié à l’homosexualité, ajoute-t-il. Beaucoup ont intériorisé l’homophobie à laquelle ils ont été confrontés tout petits à travers les insultes ou les blagues visant les homosexuels. Du coup, ils se sentent dévalorisés et ils sont incapables d’en parler à leurs proches. Notre travail, c’est de leur dire qu’il y a des lieux où cette différence est acceptée et qu’on peut s’approprier une identité."
Anne Chemin, dans Le Monde
Commentaire FLJ : N’oublions pas que les religions n’arrangent rien car la plupart d’entre elles condamnent l’homosexualité. Si dans certains pays islamiques on met des homos en prison ou on les tue, dans d’autres pays de tradition chrétienne, les homos n’ont la plupart du temps pas les mêmes droits, dont le plus important : le droit d’être libre de mener sa vie à sa façon et d’être heureux.
Source : http://www.fairelejour.org/article.php3?id_article=950
18 mai 2005
Royaume-Uni : L'homophobie tue une adolescente de 13 ans
Mobilisation générale des parents d'ados homos au Royaume-Uni: l'enquête de police qui a suivi le suicide de Laura, 13 ans, qui a fait une overdose de médicaments en septembre dernier, vient de révéler que la collégienne était victime d'agressions homophobes incessantes dans son école. En anglais, ces attaques qui vont des moqueries aux traitements physiques dégradants en passant par les insultes et l'humiliation publique sont regroupées sous un terme sans équivalent exact en français : «bullying». Or Laura a bel et bien été humiliée de la sorte, ce qui l'a poussé à conclure avec une copine de classe un «pacte de mort» et tenter de suicider ensemble. Son amie de 14 ans a survécu à l'overdose mais pas Laura et ses parents entendent remuer ciel et terre pour que les élèves gay et lesbiennes, évidemment très fragiles, ne soient plus la cible des attaques de leur entourage en milieu scolaire. Des chercheurs ont récemment estimé que trois quarts des élèves homosexuel(le)s sècheraient finalement les cours afin d'éviter les humiliations.
par Anouk Bergame
Source : http://www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=1341&date_info=
04 mars 2005
Péril suicidaire chez les jeunes homos
Une enquête indépendante révèle qu'un homo ou bisexuel homme a treize fois plus de risques de faire une tentative de suicide qu'un hétérosexuel.
Par Blandine GROSJEAN
Chaque jour en France, trente personnes se suicident, environ quatre cent tentent de le faire. Combien d'homosexuels ? Question incongrue, sinon taboue en France. «Il y a une omerta de la part des pouvoirs publics», dénonce David Auerbach, porte-parole de la fédération française des CGL (centres gays et lesbiens) : «Ce n'est pas :"Qu'ils crèvent tant mieux !", c'est un aveuglement et cela revient au même.»
Lors des journées nationales pour la prévention du suicide, début février, les mouvements homosexuels ont une nouvelle fois demandé à l'Etat de lancer une enquête épidémiologique sur cette question, à l'instar de ce qui s'est fait aux Etats-Unis et au Canada, et «en concertation avec les acteurs concernés». Leurs voeux sont à moitié exaucés puisqu'une une enquête épidémiologique, dont Libération publie les résultats préliminaires, a été menée en France entre 1998 et 2003, mais sans intégrer les associations ni les chercheurs LGBT (lesbiens, gays, bi et trans).
Fourchette. Marc Shelly, médecin en santé publique à l'hôpital parisien Fernand-Widal, et David Moreau, ingénieur de recherche à l'association de prévention Aremedia, ont mis en évidence parmi les homos et les bisexuels vivant en France un taux de «suicidabilité» 13 fois supérieur aux hétérosexuels du même âge et de même condition sociale. Autrement dit, un homo ou bisexuel a treize fois plus de risque de faire une tentative de suicide qu'un hétérosexuel. Menée auprès de 933 hommes, âgés de 16 à 39 ans, l'étude a été préparée et validée par Pascale Tubert-Bitter, directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à l'unité biostatistique et épidémiologie. Elle montre aussi qu'un homme sur trois faisant une tentative de suicide est homo ou bisexuel. Les résultats se situent dans la fourchette haute des estimations anglo-saxonne, et confirment l'enquête exploratoire de la même équipe, dont le compte rendu a été publié fin 2003 dans la revue de référence britannique, le British Medical Journal.
L'autre volet de l'étude montre ce qu'avait déjà mis en lumière Philippe Adam (Institut de veille sanitaire) dans une enquête, en 2000, auprès des lecteurs de la presse gay : les homos et les bisexuels à antécédent suicidaires se protègent rarement lors de rapports de pénétration avec un partenaire inconnu, contrairement à leurs pairs non-«suicidants». Contrairement à la population générale, la «sursuicidalité» chez les gays n'est pas liée à des facteurs géographiques, à la catégorie socio-professionnelle, au fait de vivre seul, en couple ou en famille (pour les plus jeunes), ni à des maladies psychiatriques. Cela accrédite pour Marc Shelly l'hypothèse que le suicide chez les gays serait d'abord lié à des facteurs psychosociaux, «l'homophobie qui provoque une mauvaise estime de soi».
Urgence. Ce travail échappera aux critiques qui avaient accompagné une précédente enquête conduite en 2001-2002 à l'initiative du centre gay et lesbien de Paris, en lien avec le CNRS et grâce au soutien financier de la direction générale au ministère de la Santé. Ses résultats n'avaient pas été publiés en raison de biais statistiques trop importants. Désormais, les pouvoirs publics disposent de données fiables qui devraient les pousser à transformer la prévention et la prise en charge du suicide, deuxième cause de mortalité masculine dans notre pays (après les accidents) entre 15 et 34 ans.
Pour le docteur Shelly, il faut que les psychiatres actualisent leurs pratiques. «Ce sont eux qui reçoivent en urgence les suicidants. Et le plus souvent ils ne prennent pas en compte cette dimension, et passent à côté de l'appel au secours.» Seuls les résultats sur les homos et les bisexuels masculins sont actuellement totalement traités. Le volet féminin ferait apparaître une sursuicidalité importante chez les bisexuelles. Les liens avec les abus sexuels donneront lieu à des articles spécifiques ultérieurs.
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=279938
Mis en ligne le 04/03/05
Enquête : David Auerbach, porte-parole des centres gays et lesbiens:
«Le suicide pas lié à l'homosexualité mais à l'homophobie»
Par Blandine GROSJEAN
David Auerbach est l'un des porte-parole de la fédération des centres gays et lesbiens, à l'initiative d'un appel interassociatif pour que l'Etat «mette un terme à son apathie face à l'ampleur du suicide des personnes lesbiennes, gays, bi et transsexuelles (LGBT)».
Comment réagissez-vous à l'enquête de Marc Shelly ?
Cette enquête nous permet de sortir de ce débat stérile : «Le suicide des homos n'est pas un problème puisqu'il n'y a pas d'étude.» Elle ne vient pas de nos rangs, on ne peut donc plus nous accuser d'inventer ce fléau par prosélytisme ou pour récupérer des financements. Cette enquête confirme ce que nous vivons, entendons tous les jours. Si on extrapole ses résultats, on peut considérer que la moitié des jeunes suicidés sont homosexuels ou en questionnement sur leur orientation sexuelle. Désormais on ne peut plus dire : «On ne savait pas.» Maintenant, il faut réagir. Dire que le suicide n'est pas lié à l'homosexualité mais plutôt à l'homophobie et faire de vraies campagnes de prévention. Je rêve d'un spot à la télévision qui proclamerait: «Tu es pédé, c'est pas grave et c'est pas la peine de te foutre en l'air pour ça.»
On parle beaucoup plus des gays que des lesbiennes, une fois de plus...
L'invisibilité des lesbiennes est le trait marquant de la lesbophobie. Mais il est vrai que si les filles font beaucoup plus de tentatives, elles se suicident moins. Et les lesbiennes sont sans doute moins en butte aux pressions et insultes que les gays, d'une façon moins violente en tout cas.
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=279938
Mis en ligne le 04/03/05
Une identité en souffrance
Des groupes de parole aident les jeunes à se libérer des pressions.
Par Matthieu ECOIFFIER
Ils ou elles ont vu une petite annonce sur le mur du collège ou de l'université. Elle s'adressait à eux. «Si tu te sens rejeté-e ou pointé-e du doigt, souffre-douleur ou bouc émissaire, ou si, tout simplement, tu n'acceptes pas tes différences, des espaces de parole sont mis en place pour t'aider à t'accepter et à te faire accepter. En tout anonymat, ces réunions se font deux heures par mois», disait l'invitation siglée de la Ligue des droits de l'homme (LDH) «pour les 15-29 ans». Avec, en bas, une adresse e-mail (1). Celle d'Eric Verdier, psychologue à la LDH, qui coanime ces groupes de parole «avec une femme, infirmière scolaire, éducatrice. On ne s'adresse pas seulement aux homos. Cela se passe dans des lieux neutres comme les centres d'information et de documentation pour la jeunesse. Car, en province, les jeunes sont souvent effrayés à l'idée de franchir la porte d'une association gay», explique-t-il.
Tous parlent du trouble de soi
Depuis un an, une trentaine se retrouve régulièrement, et le bouche à oreille commence à fonctionner. Ils témoignent de leurs parcours, à la fois personnels et proches. Ils ont vécu la mise à l'écart, le rejet des autres. «J'avais 12 ans et trop de manières efféminées. A la maison ils ne disaient rien, mais à l'école ils ne supportaient pas. Je ne pouvais pas aller en récréation sinon je me faisais tabasser par un petit groupe. Ils criaient : "Renato" [personnage de la Cage aux folles, ndlr] "sale pédale", des trucs banals. Si je m'arrêtais à ça aujourd'hui j'aurais du mal à vivre», raconte Justin, 22 ans.
A l'internat, Olivier est son seul ami, mais en privé «il savait que je savais qu'il avait des tendances gays, on se parlait dans la serre. Mais quand ses potes étaient là, il me donnait des claques. Je me suis fait virer à trois mois du CAP espaces verts. "Ici, les rapports homosexuels sont interdits", m'a-t-on dit.»
Tous parlent du trouble de soi. De l'homophobie intériorisée sous la pression familiale ou sociale. «Je viens d'une famille tunisienne très réglementée, mon père était maçon à La Courneuve. J'ai été victime d'abus sexuels pendant l'enfance. A l'adolescence, cela m'a posé des questions sur mon identité. Alors, j'ai totalement détruit cette sincérité en moi-même. J'ai refusé d'avoir des relations, côté fille ou côté garçon», raconte Djamel, étudiant en DESS d'économie qui vit aujourd'hui avec une copine. Mais il ne sait toujours pas qui il est. «Quand mon père a pris sa retraite, on est repartis en Tunisie, c'était encore plus dur là-bas. J'avais 17 ans. J'étais toujours questionné : pourquoi tu marches comme ça, pourquoi tu parles comme ça ? Il faut pas, il faut pas, il faut pas ! Ils m'ont forcé à avoir une masculinité plus forte.»
Les premières interrogations sur son orientation sexuelle perturbent Sonia, lycéenne à Nancy : «Mon frère me tirait le tarot. Et moi, à 12 ans, je lui demandais : "Est-ce que je vais trouver une petite copine ?" La nuit, je cauchemardais et me répétais : "Je ne deviendrai pas lesbienne !" Pourtant, j'étais prof de catéchisme, y avait pas de soupçon à avoir.» A l'adolescence, Sonia souffre de boulimie. A 13 ans, elle subit des attouchements sexuels de la part d'un ami de 15 ans et refoule cet épisode. La plupart de ces jeunes ont fait une tentative de suicide, voire plusieurs. Au groupe ils réfléchissent sur l'acte. «Avant de se suicider, on pleure, on a envie de tout brûler, les photos, les lettres. Mais au moment de le faire, tu n'es pas là, tu ne donnes plus aucune valeur à la vie. C'est pas toi. Mourir, c'est comme d'aller au sommeil», raconte Djamel.
«Il faut voir un médecin pour régler ça»
«ça faisait un an que j'étais sous antidépresseurs, j'ai explosé et pris tous les cachets, c'était le jour de la fête des pères», raconte Sonia. Le sien «s'affole» quand des animateurs de colonie l'avertissent d'une rumeur sur l'homosexualité de sa fille. «Ce qui m'a fait mal c'est qu'il dise : "Il faut voir un médecin pour régler ça."» La plupart témoignent de la gêne des psychologues et psychiatres à écouter leur trouble identitaire. Voire de leur rejet. Ce qui annule toute chance que la tentative de suicide soit aussi comprise comme un coming-out. Djamel a subi une hospitalisation volontaire puis forcée, et le refus du psychiatre de l'écouter. Sonia : «Quand j'ai annoncé à ma psy que j'avais rencontré une amie et que je me sentais bien comme ça, elle m'a dit : "ça va te passer, tu trouveras un homme doux et gentil." Je ne l'ai plus revue.» Ses parents acceptent son couple. Après son coming-out, Justin, a dû quitter les siens et vivre «de foyer en foyer». Il attend une place depuis deux ans dans un centre d'aide au travail. «Maintenant, je me débrouille, je suis toujours homo, handicapé et toujours tout seul.» Mais il peut en parler.
(1) verdier.ldh@wanadoo.fr. Les groupes de paroles ont lieu à Arras, Bordeaux, Cherbourg, Evreux, Le Mans, Les Lilas-Paris, Lyon, Marseille, Nancy et Poitiers.
Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=279939
Mis en ligne le 04/03/05
01 mars 2005
Suicide : les assos LGBT se mobilisent
C’est un bilan, sévère, qu’ont dressé les associations Act Up, Aides Warning, Sida Info Service et la fédération française des centres gays et lesbiens (Inter Centres LGBT), à l’issue des neuvièmes journées nationales de prévention du suicide, le 12 février. "Dans une indifférence quasi générale, des milliers de lesbiennes, de gais, de bis, de trans et de personnes en interrogation sur leur orientation sexuelle ou identité de genre se suicideraient chaque année" avancent les associations qui dénoncent le refus des pouvoirs publics de traiter cette question. "Le ministère de la Santé n’en dit rien dans le dossier consacré au suicide sur son site Internet, notent les associations. L’Etat doit assumer sa mission d’acteur de santé publique, et mettre un terme à son apathie face à l’ampleur du suicide des personnes LGBT (…) sauf à laisser penser qu’il s’en accommode". L’ensemble des associations ont adressé le 17 février une lettre ouverte aux parlementaires sur la sursuicidalité des personnes LGBT leur demandant d’interpeller Philippe Douste-Blazy à ce propos.
jfl
Pour plus d’infos, consulter le dossier suicide sur : http://inter-centres-lgbt.france.qrd.org
Source : http://www.e-llico.com/content.php?section=actu&id=3995
Mis en ligne le 01/03/05
26 février 2005
Des associations dénoncent le tabou du suicide chez les homos
Par Matthieu ECOIFFIER
Des milliers de personnes lesbiennes, gays, bi, trans ou en interrogation sur leur orientation sexuelle se suicideraient chaque année dans «l'indifférence générale», ont dénoncé vendredi la fédération française des centres gays et lesbiens (CGL) et un front uni d'associations (Act Up, Aides, Warning, Sida-Info service). Alors que les neuvièmes journées nationales de prévention du suicide viennent de s'achever, cette question n'est toujours pas prise en compte par le ministère de la Santé. «C'est effarant. Nous demandons qu'une étude épidémiologique soit menée, notamment sur le lien entre suicide et homophobie», explique David Auerbach de la CGL, qui estime entre «40 et 60 %» la part de ce public dans les 12 000 suicides et les 160 000 tentatives annuelles.
Source : http://www.liberation.fr/sitesearch/consult5/index.php
Mis en ligne le 19/02/05
07 février 2005
Rémi, 27 ans, homosexuel
«L'homophobie, ça fait mal»
propos recueillis par Anne Vidalie
Je me sais homo depuis que j'ai conscience de moi-même. Mais cette réalité, je l'ai niée longtemps, très longtemps. Jusqu'à mes 22 ans. Je ne voulais pas, je ne pouvais pas voir les choses en face, accepter de ne pas être comme les autres. C'était trop douloureux pour moi. J'avais peur, j'avais mal. J'éprouvais une immense déception vis-à-vis de moi-même. Les gens ne se rendent pas compte à quel point les propos homophobes sont blessants, destructeurs. Comment un enfant peut-il avoir confiance en lui, se sentir bien dans sa peau quand on lui rabâche que l'homosexualité est la pire des tares? Quand on lui serine que les homos sont des faibles, promis à l'échec et à la déchéance? Quand l'allusion à la pédophilie n'est jamais loin? Quand il lit sur une banderole, dans une manifestation anti-Pacs, «Les pédés, au bûcher!»? Se demande-t-on pourquoi le taux de suicide des jeunes homos est de sept à dix fois supérieur à celui de leurs copains hétéros? Moi aussi, j'ai envisagé de me supprimer. J'étais convaincu d'être un bon à rien, je ne voyais pas d'autre issue au cas où mes parents auraient découvert la vérité. Petit à petit, malgré soi, on finit par intégrer le discours anti-pédé ambiant, et même par y croire. Jusqu'à rejeter tout ce qui touche à l'homosexualité, jusqu'à devenir soi-même homophobe, parfois. Si seulement les cours d'éducation sexuelle, à l'école, évoquaient la question, peut-être les ados se sentiraient-ils moins seuls, moins paumés.
A l'adolescence, j'ai tout fait pour éviter d'éveiller les soupçons. Je suis même sorti avec des filles pour donner le change. En fac, j'évitais de parler au seul homo de ma promo. Mais je ne pouvais pas continuer comme ça. J'ai commencé à fréquenter le milieu homo. J'avais envie, enfin, de m'assumer tel que j'étais. J'ai découvert qu'on pouvait vivre bien en acceptant sa sexualité. Le revers de la médaille, c'est que, pour la première fois de ma vie, j'ai été la cible d'insultes, de provocations, en sortant d'une boîte ou d'un bar. Ça fait mal... Les homos n'osent pas en parler, mais c'est beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit et qu'on ne le dit. Y compris les violences physiques. Voilà pourquoi j'ai mal supporté les critiques concernant le projet de loi contre les propos homophobes. Ce texte représente une énorme avancée pour les gays et les lesbiennes. Il serait temps qu'on considère enfin les homos comme des gens normaux, avec les mêmes droits que les autres. Est-ce trop demander?
Source : http://www.lexpress.fr/idees/tribunes/dossier/vecu/dossier.asp?ida=431592
Mis en ligne le 07/02/05
31 décembre 2004
Homosexualité au Maroc Temoignage
Transmis par M.Khalid
L’homosexualité ne se vit pas de la même manière partout... Il existe malheureusement encore des régions du monde où le coming-out "n’existe pas".
Kal28, âgé de 29 ans en 2004, vit dans une petite ville du maghreb. Son coming-out n’est que virtuel, via le net, ne pouvant pas l’annoncer chez lui...
Bonjour à tous.
Eh bien moi, je ne suis pas européen ! Je suis marocain ! Dans un pays arabomusulman ! Le coming-out pour moi, c’est comme se jeter dans les enfers ! Ni famille, ni amis, ni personne ici ne pourra comprendre ce que c’est d’être homo... ! Alors... ne trouvant aucune lueur d’espoir, en 1997, alors que j’avais 22 ans, et en plus du stress quotidien qui gonfle terriblement quand on est déjà mal dans sa peau, j’ai tenté de me suicider... et j’ai frôlé la mort...
Une seule chose m’a retenu à ce moment d’extrême désespoir : c’est que j’ai une maman qui ne vit que pour nous voir heureux, moi et mes autres frères ! Même le suicide ne m’était pas permis à 22 ans ! Après cet incident... j’ai choisi la vie de solitude ! Mon chat, mes livres, mes rêveries de gay si désepérées, tellement je vis dans un milieu qui ne sera jamais favorable à un gay comme moi... J’avais donc mon monde à moi et je me sentais presque parfaitement suffisant... jusqu’à la decouverte d’Internet qui fut une révolution pour moi !
Je passais des heures à prendre des internautes virtuels pour des vrais amis ! J’étais sincère aux chats... Même quand on me disait "quel est votre nom ?" je donnais mon vrai nom et je croyais ce qu’on me disait... Déception après déception, j’ai decouvert que le monde du net n’est qu’un domaine où chacun fait ce qu’il ne pourra pas faire en réalité...
Mais grâce au net, j’ai eu la chance de connaître quelqu’un qui n’est pas du Maroc. J’ai fait mon coming-out avec lui ! Pour la 1re fois de ma vie, je pleure en sanglot devant quelqu’un ! Car chez nous, les arabes, un homme ne doit jamais pleurer ! J’ai parlé sans arrêt ! J’ai confessé tout ce qui me pesait sur le cœur depuis 15 ans déjà, au point que j’ai oublié que ce copain était un mec beau et que de bons moments d’amour physiques et affectifs aussi m’attendraient...
Mais ma 1re expérience, côté plaisirs, n’a pas été très satisfaisante car la souffrance que j’ai vécu, et que je vis encore, celle d’être emprisonné dans un contexte étouffant de préjugés, à graver en moi la peur, même avec la personne la plus confiante du monde : j’ai peur de tout ! De décevoir mon copain, de m’ennuyer de lui ou vis versa... j’ai peur de le perdre et de revenir à la solitude...
J’ai quelquechose à dire aux gays d’Europe qui viveraient mal leur orientation : pensez toujours qu’il y a des gens comme moi, encerclé par tout un monde d’interdits : religion, famille, entourage, culture homophobe... bref la pire des solitudes pour un arabe, c’est d’être gay et d’essayer de préserver en même temps une stabilité sociale, psychique et professionnelle en l’absence de la moindre issue. Pour quelqu’un qui voudrait vivre dans la dignité... le net c’est déjà un miracle ! Au moins il permet à un souffrant d’extérioriser même si ce n’est que virtuel (mais c’est mieux que rien)... Le net chez nous, pour moi, c’est le psy, c’est une association, c’est la loi qui me reconnaît en tant qu’être humain, c’est mon jardin secret... Car tout cela est malheureusemnt absent dans le monde arabe.
C’est pessimiste mais c’est la réalité que je vis. Mais là, heureusement, j’ai un copain sur qui je peux compter ! Maman, si elle savait que ce copain gay me remonte tellement le moral et lui permet de ne pas perdre son fils dans un moment de folie, elle respecterait les gays !
Merci de m’avoir lu. Je souhaite à tous ceux qui on souffert de leur orientation que ça change un jour, pour eux, la vie, car c’est dur d’être gay dans un monde hétéro-homphobe pour la majorité !
Je m’excuse si je décourage certaines personnes qui ont besoin qu’on leur remonte le moral ! Ce soir j’avais envie d’en parler et je l’ai fait !
Bonne chance à tous.
Source : http://www.lemaroc.org/alaune/article_289_Homosexualit%C3%A9%20au%20Maroc%20Temoignage
Mis en ligne le 29/12/04



